L’écologie de la paille à la poutre
La Norvège est sans doute l’un des rares pays où la protection de l’environnement est autant développée, c’est du moins ce que l’on entend dire un peu partout lorsqu’on n’y est jamais allé.
L’ensemble de la population, mais aussi tous les institutionnels, jusqu’aux membres de la couronne, respectent scrupuleusement la nature. Voici un royaume où l’écologie, si elle n’est pas érigée en religion d’Etat, semble tenir autant de place dans l’opinion, que ses fondements démocratiques.
Ces scandinaves nous étonnerons toujours ! Imaginez un peu, un responsable gouvernemental a officiellement recommandé à la population de limiter sa consommation de viande rouge. Non pas qu’il craigne une éventuelle épidémie virale, mais plutôt dans l’objectif de réduire le cheptel mondial, décrété responsable d’importantes flatuosités richement chargées de méthane, un gaz à effet de serre, cinq fois plus dangereux pour l’environnement que le CO2.
Dans ce petit pays, où vu d’ici « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil », qu’il vente, qu’il pleuve ou qu’il neige, dès le petit matin, les rues de la capitale s’emplissent de cyclistes casqués qui, sans distinction sociale, partent en famille rejoindre leur turbin quotidien. Et il n’est pas exceptionnel de croiser quelques équipages hétéroclites de parents, chevauchant à trois le même cycle spécialement aménagé pour accompagner leur charmante progéniture à l’école.
La priorité est donnée aux transports en commun qui ne fonctionnent qu’à l’électricité, au gaz de biomasse, ou aux agro carburants, et les signalisations tricolores aux croisements sont alimentées par des panneaux photovoltaïques. La capitale dispose même d’un quartier, où il y a vingt ans personne ne se serait hasardé à mettre les pieds, et qui aujourd’hui est cité en exemple dans le monde entier, tellement chaque détail de vie est harmonieusement lié à l’écologie.
Plus belle la vie, tu meurs…un véritable paradis Vert !
C’est sans doute pour cela que le choix de Copenhague a immédiatement fait l’unanimité, lorsqu’il s’est agi de réunir un sommet onusien sur le climat, dans le prolongement de celui de Kyoto. C’est vrai que Londres, Paris, Moscou…et bien d’autres encore, n’auraient pas fait le poids, battues à plates coutures.
Pour enfoncer le clou, ou nous damer le pion, deux semaines avant l’ouverture du sommet, la princesse Mette-Marit de Norvège, elle-même en personne, avait inauguré le pilote de la première centrale osmo-électrique à Tofte (Hurum).
A dire vrai, pour l’heure, comme ce n’est qu’un pilote, c’est-à-dire un laboratoire expérimental, la société Statkraft, responsable de sa construction, n’a pu fournir d’indication fiable sur sa puissance. Sous le manteau, il s’est pourtant murmuré que ce prototype n’a qu’une une puissance de 2 à 4 kW, mais il permettra à l’énergéticien d’améliorer et d’optimiser la technologie pour qu’à terme (?) elle puisse développer 12 téra Watts heure par an.
Remarquons modestement toutefois, que personne n’a jamais sonné l’olifant, lorsqu’il y a quelques années, l’Ecole Centrale de Nantes, associée aux ingénieurs de l’Ecole Navale de Brest, ont réussi à extraire de l’énergie en laboratoire, en exploitant le phénomène d’osmose. Leur procédé consistait à utiliser des membranes en polymères qui ne laissent passer qu’un type d’ions (positifs ou négatifs), ce qui permettait de produire directement de l’électricité.
Toutefois, si expérimentalement tout se présentait bien, faute de moyens nécessaires et de battage médiatique, la mise en œuvre sur le terrain a tourné court. Dans l’état actuel de la technologie, la réalisation de ces membranes, dont la surface, de 25 hectares, nécessaire à la production d’un méga Watt, constituait alors la difficulté majeure.
Les Norvégiens pour leur part ne sont pas allés si loin dans leurs recherches. Leur principe – Mais qui leur en voudra ? – était de faire coïncider cette inauguration avec le sommet de Copenhague, en soulignant à grands renforts de tambours et trompettes que l’impact sur l’environnement d’une telle centrale, est en principe nul, puisque tout à fait naturel.
Le procédé est des plus simples. En installant leur unité au voisinage d’un estuaire (où l’eau douce des cours d’eau se mélange avec l’eau salée de la mer), un réservoir contenant l’eau salée est à une pression supérieure à celle de l’eau douce. Il est séparé, par une membrane poreuse, d’un autre réservoir d’eau douce. Le phénomène physique de l’osmose permet à l’eau douce de migrer vers l’eau salée tant que la différence de pression n’excède pas une valeur limite. La surpression ainsi créée est utilisée pour actionner une turbine qui produit de l’électricité.
« Après plus de 20 ans de recherche sur les membranes, l’idée a été d’utiliser l’énergie non pas contre la nature, mais avec elle », a expliqué Sverre Gotaas, responsable de l’innovation chez Statkraft.
Contrairement aux autres énergies propres telles le solaire et l’éolien, l’énergie osmotique produit un flux d’électricité stable, indépendamment des conditions météorologiques.
Rien n’est hélas jamais parfait sur Terre, et même en Norvège où tout paraît si idyllique. En matière d’émission de gaz à effet de serre, beaucoup reste encore à faire chez eux. C’est ainsi, par exemple, que les cinq cent quatre mille habitants de la capitale sont éclairés, chauffés et plus ou moins tributaires de deux énormes centrales thermiques placées à la périphérie de la ville. Oui, c’est vrai, même en France, où quoiqu’on en dise nos rejets de GES par habitant sont inférieurs à ceux de la Norvège, nous craquons encore du fioul pour produire de l’énergie. Mais dans notre pays, même si d’énormes progrès ont été réalisés, nous n’avons jamais eu la prétention de nous considérer comme des premiers de classe.
Tandis que nos amis Norvégiens, qui se tirent la bourre avec d’autres scandinaves, alimentent leurs centrales au bon vieux charbon de houille, l’un des éléments les plus polluants qui existe.
Certes, ils promettent de capturer le CO2 dégagé et de l’enfouir dans les océans. Mais en attendant, des intérêts économiques et stratégiques leur imposent de brûler cette crasse.
Comment pourrait-on faire pour ne pas les comprendre, d’autant que nos cousins, les Germains, et petits cousins Polonais, pour maintenir leur croissance, en font allègrement de même ?
Décidément, lors du sommet de Copenhague, il sera difficile à ces derniers de convaincre les Chinois, premiers consommateurs, et producteurs de charbon mondiaux, de ne pas suivre ces exemples, et de bien vouloir réduire leur croissance (actuellement de 8%) au seul prétexte d’une hypothétique réduction de leurs GES.
